En 1910, dans Notre Jeunesse, Charles Peguy écrivait : «  Il faut toujours dire ce que l'on voit : surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l'on voit ». C’est en ayant à l’esprit cette pensée de Peguy que nous avons fondé l’association VOIR ET DIRE CE QUE L’ON VOIT à l’heure où voir et dire le réel peut vous conduire devant les juges.

Parmi les membres fondateurs de l’association se trouvent des experts du droit mais aussi des victimes de cette nouvelle police de la pensée ayant eu affaire à la justice. Nous déplorons l’usage, sinon l’instrumentalisation, de plus en plus régulière de la justice démocratique comme tribune pour des groupes d’influence souvent motivés par une idéologie politico-religieuse dont les valeurs sont distantes tant dans le fond que dans la forme de la pratique démocratique. Il s’agit pour eux de faire taire toute critique de de la religion et des usages qui en sont faits, faire taire toute personne qui défend le principe de laïcité, qui dénonce les aveuglements politiques ou intellectuels qui font le lit de la haine et du passage à l’acte terroriste. Faire taire par l’intimidation judiciaire, par le poids financier qu’induit de telles procédures, par la menace de l’opprobre médiatique qui peut aller jusqu’à mettre en péril la vie personnelle et professionnelle de celui qui a trop vu et trop dit.

L’intimidation idéologique par la justice dans un Etat de droit est intolérable. C’est pourquoi notre association a pour objet de promouvoir toutes actions intellectuelles visant à éviter la judiciarisation du débat public. Il s’agit de redonner sens à la liberté d’expression, mise à mal par cette perpétuelle menace de poursuite judiciaire dont la justice devient elle-même l’otage. La justice doit dire ce qui, d’un acte ou d’un propos, est légal ou illégal au regard du droit. La justice dans une démocratie n’a pas pour mission de démêler le vrai du faux dans des débats historiques, sociologiques, statistiques. La justice tranche à partir du droit, mais n’a ni vocation, ni expertise à valider une opinion contre une autre.

Notre association utilise tous les modes d’expression actuellement disponibles (publications, conférences) pour attirer l’attention du public sur les risques que nous font courir collectivement et individuellement les discours visant à restreindre les libertés individuelles en particulier au moyen de l’intimidation judiciaire.

Notre association pourra, en outre, apporter aide (juridique notamment) et assistance après consultation de son dossier à toute personne poursuivie sur le plan judiciaire pour délit d’opinion, et tous objets similaires ou connexes.

Association déclarée sous le régime de la loi du 1er juillet 1901

parution au Journal Officiel du 8 avril 2017

 

VOIR et DIRE ce que l'on VOIT